Les arènes de Tarascon ont vibré ce week-end sous les clameurs d’un public venu nombreux assister à un spectacle taurin de qualité. Environ trois quarts des gradins étaient remplis, principalement dans les zones ombragées, témoignant de l’intérêt persistant pour la tauromachie dans la région.
Des novillos Blohorn à l’honneur
La novillada avec picadors a mis en vedette des toros de l’élevage Blohorn, remarquablement présentés et offrant un jeu diversifié qui a captivé l’assistance. Le cinquième exemplaire, baptisé “Toumodi”, s’est particulièrement distingué, méritant les honneurs d’une vuelta posthume – distinction rare témoignant de la qualité exceptionnelle de l’animal.
Dès l’entrée des toreros, la Marseillaise a retenti, interprétée par la musique de la peña Chicuelo II, accompagnée avec enthousiasme par le Chœur des Cigales, créant une ambiance festive et solennelle.
Trois novilleros, trois styles, un triomphe partagé
Juan Molas, le Dacquois, s’est montré appliqué face à son premier adversaire, un animal noble mais dont les forces ont rapidement décliné. Après avoir dédié son combat à l’assemblée, il a connu un moment de frayeur en se retrouvant assis à la merci du toro, sans conséquence heureusement. Face à son second, il a proposé un trasteo volontaire ponctué de séquences de bon goût, conclu par une estocade entière au second envoi, lui valant une vuelta.
Le Nîmois Nino s’est particulièrement illustré, débutant face à un novillo qui chargea le cheval à trois reprises. Après avoir dédié son combat au public, il a dû s’employer pour canaliser la charge de son adversaire, aboutissant à des échanges dynamiques et une estocade efficace. Son second toro, le fameux “Toumodi”, a confirmé la règle du “quinto bueno” (le cinquième est souvent le meilleur). Après un tercio de piques animé et un brindis au comédien Arnaud Agnel, Nino a entamé sa faena à genoux, enchaînant des derechazos templés dans une prestation entreprenante, conclue par une estocade entière. Le torero nîmois est d’ailleurs attendu le 10 juillet à Las Ventas, à Madrid, pour combattre des novillos de Los Chospes.
Victor a complété ce trio avec brio. Son premier combat, face à un superbe toro de robe châtaigne, a été marqué par des capotazos élégants et une maîtrise remarquable des banderilles. Sa faena, dédiée au public, a gagné en intensité grâce à sa capacité à supporter stoïquement les charges et à guider l’animal avec aisance et classe. Face au dernier toro de la journée, malgré une charge initiale prometteuse mais un comportement qui s’est dégradé, Victor a multiplié les gestes esthétiques, commençant dans une immobilité parfaite avant de déployer un potentiel remarquable.
La relève s’affirme lors de la novillada matinale
La matinée avait déjà donné le ton avec une novillada sans picadors organisée par l’école taurine du Pays d’Arles. Malgré les défections de plusieurs participants initialement prévus, trois jeunes espoirs se sont partagé l’affiche : Baptiste Angosto, El Mosti et Lisares.
C’est finalement “Lisares” (Lysio Strepparava), débutant en novillada sans picadors, qui a remporté les faveurs du jury et du public. Face au meilleur novillo de la matinée, il a composé, avec une maturité surprenante pour son âge, une faena soutenue jusqu’au bout, principalement sur la corne droite. Sa performance lui a valu deux oreilles et le privilège de combattre le quatrième becerro de la matinée, un Yonnet plus exigeant dont il s’est honorablement tiré.
El Mosti a également brillé avec une prestation remarquée qui lui a valu une oreille, tandis que Baptiste Angosto a effectué une vuelta après sa prestation.
Les quatre erales de Yonnet présentés durant cette matinée ont offert un jeu varié, avec une mention spéciale pour le troisième, ovationné à l’arrastre.
Cette journée complète à Tarascon confirme la vitalité de la tauromachie dans le sud de la France et laisse entrevoir une relève prometteuse avec ces jeunes toreros qui mêlent déjà technique, courage et esthétique. À l’heure où certains prédisent le déclin de cet art séculaire, ces arènes presque combles et ces prestations de qualité racontent une tout autre histoire.

