Pourquoi j’ai apprécié ma première corrida

Pourquoi j’ai apprécié ma première corrida

Chers lecteurs,

Aujourd’hui, je souhaite partager avec vous un témoignage qui a marqué le monde taurin il y a exactement dix ans. En 2015, une jeune femme publiait sur son blog un article intitulé “Pourquoi j’ai apprécié ma première corrida”, dans lequel elle racontait avec sincérité et passion sa découverte de cet art controversé.

Suite à cette publication, elle avait reçu un déferlement de réactions : de nombreux messages de soutien de la part des aficionados, mais également des critiques virulentes et même des menaces qui l’ont finalement poussée à supprimer son témoignage.

Une décennie plus tard, j’ai estimé important de faire revivre ce récit qui illustre parfaitement la complexité des émotions que peut susciter une première expérience tauromachique. Ce texte, écrit à chaud après la Feria de Nîmes 2015, nous offre le regard neuf d’une novice qui, sans préjugés, a choisi de se forger sa propre opinion.

En republiant aujourd’hui ce témoignage dans son intégralité, je souhaite permettre à ceux qui l’auraient manqué à l’époque de découvrir cette perspective personnelle sur un sujet qui continue de susciter des débats passionnés.

Bonne lecture,


le 27 mai 2015 par Mélissa,

Pourquoi j’ai apprécié ma première corrida

Le week-end dernier, Nîmes vivait au rythme de la feria. Des milliers de personnes ont en effet envahi la ville pour faire la fête. Au milieu de ce flot de touristes, les aficionados affluaient massivement vers les imposantes et magnifiques arènes de la ville. Ce joyau de la romanité se dresse fièrement sous le soleil de mai, prêt à accueillir en son sein un spectacle aimé, protégé et défendu des Nîmois : la corrida.

Et cette année, je n’y échappe pas. Je n’ai jamais assisté à une feria et encore moins à une corrida. Je n’en ai jamais eu l’occasion, ni l’envie. Je ne connais absolument rien à la tauromachie et mon entourage non plus. Ni pour, ni contre, je n’avais aucun avis dessus. Mais comme j’adore découvrir et expérimenter, j’ai sauté sur l’occasion lorsque mon amoureux, Nîmois d’origine et aficionado depuis sa tendre enfance, m’a proposé de m’y emmener.

  Réservez votre OUIGO pour la Féria de Nîmes !

Quelques semaines avant la feria, il m’a parlé de corrida. Aujourd’hui, matador, muleta, banderillas… n’ont plus de secrets pour moi. Pendant des semaines, il m’a expliqué les règles, les enjeux, le déroulement…toujours avec passion et respect. Respect pour cet art, respect pour ses acteurs et respect pour mes sentiments. Car avant d’assister « en vrai » à une corrida, on ne peut pas prédire ce que l’on va ressentir.

2 corridas sinon rien

Le choix de la première corrida est à mon avis important. Mon homme a décidé de me faire découvrir d’abord une corrida classique, à pieds, avec 3 matadors de talent, puis une corrida à cheval, afin que je puisse me faire une idée globale.

Si ses récits m’ont été d’une grande aide avant ma grande première, de mon côté, je me suis également documentée : origines, folklore, élevage des taureaux, costumes, formation du matador…j’ai beaucoup lu (un peu en secret), avant mon arrivée à Nîmes.

Samedi matin, nous avons réservé nos places : dans les tribunes pour la corrida à pieds du samedi après-midi, et en amphithéâtre pour la corrida à cheval du lundi matin.

Avant d’assister au spectacle, nous avons pris la direction du musée d’art taurin de la ville (https://www.nimes.fr/que-faire-a-nimes/culture/les-musees-le-planetarium/musee-des-cultures-taurines). Gratuit et en accès libre pendant la feria, ce musée est une véritable pépite qui nous met directement dans l’ambiance : costumes de lumière, capes de paseo magnifiques, matadors stars…les grands moments de la tauromachie sont expliqués aux visiteurs.

Mais trêve de blablas, il est déjà l’heure de nous diriger vers le monument historique. C’est donc excitée, curieuse, tremblante, fascinée…que je pénètre dans les gradins, où avant moi, des millions de personnes ont assisté à des événements à travers les âges. Ce monument en lui seul dégage une telle attractivité, que l’on a l’impression d’assister à un moment historique.

3 heures d’émotions intenses

La corrida démarre avec le paseo

Il est 18h, les arènes sont remplies d’une foule en délire. Le vent est là, puissant. La musique retentit, il est l’heure pour les 3 matadors de faire leur entrée sur la piste, accompagnés de leurs cuadrillas.

  Les Brindis d'Or : une nouvelle cérémonie célèbre l'excellence de la tauromachie française

Acclamés comme de véritables rock stars, ils ont fière allure dans leur habit de lumière qui scintille sous le soleil. Après un salut plein de respect à la présidence, la musique annonce l’entrée du premier taureau.

Alors je ne vais évidement pas vous parler des règles et du déroulement d’une corrida mais je vais m’attarder sur mon ressenti.

Alors que le premier taureau arrive timidement sur la piste, le public se calme et, comme le torero, étudie les mouvements, la force et le caractère de ce premier taureau majestueux.

C’est donc avec fascination que je regarde les étapes se dérouler sous mes yeux. Le vent empêche le matador d’effectuer ses mouvements comme il le souhaite et tout le monde semble perturbé. Cet affrontement ne sera pas facile. Le matador, qui a un style très sportif, tente malgré tout de régaler son public avec des gestes et figures techniques spectaculaires. Le picador entre en scène, avec son cheval aux allures de combattant médiéval, et plante la première pique. Le sang jaillit, et le rouge vif contraste avec la robe noire du taureau. Le matador pique lui-même les banderilles dans un geste technique parfait.

Et alors que taureau et matador s’affrontent depuis une dizaine de minutes déjà, voilà le moment tant redouté. On y est, le maestro change d’épée et dans les arènes règne un silence quasi absolu. Et croyez-moi, environ 13 000 spectateurs qui se taisent et retiennent leur respiration dans une sorte d’unité, c’est très impressionnant. Pendant tout le temps de la mise à mort, un silence accompagne les gestes du matador. Et puis, lorsque le taureau s’effondre lourdement sur la piste, c’est l’explosion ! Le public se lève, applaudit et salue le courage de l’homme et de l’animal.

Car oui, dans une arène, pendant les 2 corridas auxquelles j’ai eu la chance d’assister, l’animal est respecté. On salue sa bravoure, on célèbre sa mort héroïque en silence et on admire son courage. Non, pendant ces deux corridas, je n’étais pas entouré de psychopathes assoiffés de sang. Non, je n’étais pas entourée de sadiques jouissant de la mort des ces animaux. Oui, moi aussi j’ai hurlé, applaudit et retenu mon souffle. Oui j’ai apprécié ce que j’ai vu et oui, je retournerai avec plaisir assister à une corrida.

  Nîmes : Les cartels de la Féria des Vendanges 2015

Pourquoi moi aussi je suis devenue une aficionada

Le (magnifique) matador José Maria Manzanares

Après cette première expérience, je peux le dire : oui je suis convertie à la corrida et oui, je pense qu’il faut la défendre.

Je comprends que la mise à mort d’un animal puisse choquer, révulser… Mais à tous ceux qui critiquent cet art j’ai envie de leur dire : allez aux arènes, assistez au spectacle, parlez aux passionnés, lisez, informez-vous, allez voir les taureaux dans les élevages et là, vous comprendrez.

Après cette première expérience je peux le confirmer : oui, la corrida est un art. Allez admirer le magnifique JM Manzanares et sa grâce infinie, soutenez la belle Léa Vincens qui virevolte sur son cheval et affronte un monstre de puissance de 550kgs, applaudissez le courage de El Fandi qui, à genoux, défie son taureau.

Et surtout, contemplez la force d’un animal élevé pour la corrida. Applaudissez et reconnaissez sa bravoure dans l’arène, admirez sa beauté et sa puissance… Car sans taureau, il n’y a pas de corrida.

J’ai eu la chance, lors de la corrida à cheval du lundi matin, de voir Diego Ventura affronter un magnifique taureau. Brave et courageux, l’animal a lutté, a dansé et est mort en véritable héros. Le public s’est levé à l’unisson pour l’applaudir, le président a agité son mouchoir bleu et a ainsi autorisé à cet animal courageux une vuelta (un tour de piste posthume) afin que le public lui rende l’hommage qu’il mérite. Le matador, tout le temps du tour de piste, n’a cessé d’applaudir lui aussi son adversaire d’un jour et l’a même embrassé. J’ai trouvé ce moment d’une telle puissance émotionnelle que les larmes n’étaient vraiment pas loin.

Ces corridas m’ont apporté énormément d’émotions. Pendant les 3 heures que dure l’événement, je suis passée d’un état à un autre, complètement ivre et bouleversée par ce spectacle.

Une chose est sûre aujourd’hui, j’ai hâte d’être à l’année prochaine…

Le débat est ouvert dans les commentaires, tant qu’il se fait dans le respect des opinions des uns et des autres.

Anthony Moreno

Anthony Moreno est un fin connaisseur de la culture tauromachique et un fervent passionné des ferias et de la corrida. Sur le blog Feria de Nîmes, il partage sa passion pour cet univers unique, explorant les traditions, les événements marquants et les figures emblématiques de la tauromachie. Avec un regard à la fois respectueux et informé, Anthony vous invite à plonger dans l’ambiance des ferias et à découvrir l'art de la corrida sous toutes ses facettes. Suivez ses articles pour vibrer au rythme des arènes et vivre pleinement la culture des ferias !

Articles recommandés